J. Feugereux

peintre graveur écrivain

des salons de peinture

 

 

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Jean Feugereux

Fresnay-L'Evêque

25 septembre 1923

Chartres

3 février 1992

peintre figuratif

de l'école française

a vécu et travaillé

à Paris et à Prasville

originaire de Beauce

Eure et Loir France

 

 

 

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© éditions Nanga 2010

© ADAGP

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce texte est extrait du dernier carnet écrit et illustré par Jean Feugereux.

 

Commencé en juin 1991, un mois avant son opération d'ablation de la vessie dont le cancer devait l'enlever quelques mois plus tard, il fut l'occasion de faire le point... et de régler quelques comptes avec la vie, le métier et même les politiques.

 

 

 

 

Ce carnet est en fait un tome relié, type club, de couleur rouge, et non imprimé, des œuvres complètes de Victor Hugo.

 

Un autre extrait, de l'art de peindre en plein air ou en atelier, de ce carnet est cité dans la page

 

De l'art de peindre

 

 

 

 

Dans les années 50, nous étions encore quelques-uns à penser qu’il fallait œuvrer pour les autres, en particulier dans les comités de salons, en y consacrant pas mal de temps, mais sans rechercher un profit personnel.

 

C’est ainsi que, dès 1950, j’étais nommé président du Salon des Beaux-Arts de Boulogne-Billancourt, où je résidais alors ; en 1954, je devins membre fondateur, puis membre du comité du Salon Comparaisons jusqu’en 1967… ce qui m’a valu – sauf une fois – de n’être plus jamais invité à ce salon ; en 1957, membre du comité du Salon des Indépendants (jusqu’en 1968) ; du Salon Terres Latines de 1956 à 1970 ; en 1975, président de l’association Fra Angelico (aide médico-sociale aux artistes). Et j’y suis toujours ! En 1989, président de l’ADAGP (droits d’auteurs, droits de suite). J’y suis encore.

Au cours de ces années « glorieuses », j’ai beaucoup demandé pour les autres et obtenu souvent, surtout au travers de Fra Angelico.

 

Jamais pour moi… et on ne m’a jamais rien donné ou offert.

 

Directeur de l’Ecole ABC pendant plus de trente ans, j’ai eu l’occasion de dépanner maints artistes en leur offrant un poste de professeur, surtout lorsqu’ils étaient en difficultés matérielles. Il est arrivé que certains d’entre eux cessent leur collaboration sans même me prévenir personnellement. Je considérais qu’ils n’avaient plus besoin de moi et que c’était tant mieux pour eux.

 

Au milieu de ces activités diverses il eût fallu faire des courbettes, flagorner, se mettre en avant, pour en tirer avantage. J’ai toujours considéré que c’eût été m’abaisser et je ne l’ai jamais fait.

 

Professionnellement cela ne m’a évidemment pas réussi et je suis toujours resté en dehors des prix et des récompenses parce qu’il aurait fallu les solliciter.

 

Grâce à cela je suis resté parfaitement indépendant et je ne dois de merci à quiconque.

 

J’ai par contre – et j’ai eu car certains ne sont plus – des amitiés fidèles et elles sont ma récompense :

 

Nakache, Fontanarosa, Yves Brayer, Paul Charlot, Paul Braig, André Beloni, Paul Girol, Daniel Du Janerand… Paul Collomb, Hambourg, Zendel, Jeanne Socquet, Yann, Claude Schurr…

 

J’ai eu la chance de connaître de nombreux artistes, parmi les plus grands… qui étaient d’ailleurs les plus modestes… et dont certains m’ont beaucoup appris : Villon, Dunoyer de Segonzac, Dignimont, Utrillo, Quizet, Heuzé, Paul Deltombe, Peynet, Jean Effel, bien sûr Renefer… et bien d’autres.

 

Il y a plus de richesse dans de telles rencontres et relations que… sur mon compte en banque.

 

Mais j’ai de tous, ou presque, une œuvre en souvenir. Et pour moi, chacune est une joie.

 

Une seule suffit à faire vivre et revivre chaque artiste, chaque ami. Et c’est d’ailleurs grâce à son œuvre qu’un artiste ne meurt pas.

 

 

 

 

actualités

 

 

Grâce à la disponibilité du diffuseur Centrelivres que nous remercions, vous allez à nouveau trouver les livres de Jean Feugereux dans les librairies et les maisons de presse de la région Centre.

 

 

Pour commencer les deux derniers parus : Derniers écrits et Jean Feugereux, Paysan !

 

 

 

Inutile de vous dire que j'y ai vu immédiatement une opportunité de sortir de mes cartons quelques projets de livres qui dormaient faute d'une réelle diffusion. Vous devriez donc voir dans les rayons une nouveauté dans les mois qui viennent.

 

Cette diffusion permettra également de renforcer le nouvel écho que nous souhaitons donner dans les toutes prochaines années à l'oeuvre de Jean Feugereux et à son esprit soucieux d'aider les autres artistes. Au début 2012, c'est en effet le vingtième anniversaire de sa mort et l'année suivante le quatre vingt dixième anniversaire de sa naissance.

 

A bientôt donc

 

Jérôme Feugereux

 

 

 

écrits du peintre

 

 

Le "Gris Bretons" est sorti des presses à la date prévue du 25 septembre 1991.

 

 

Ce petit livre rappelle très précisément que j'entre dans ma soixante huitième année... [en réalité sa soixante neuvième année !] si bien que dorénavant je ne pourrai plus me tromper d'un an ou deux en ma faveur, comme parfois j'aimais à le faire !

Avec ses quelques gravures et souvenirs bretons il a aussi marqué, par son arrivée, la fin de notre séjour à Léchiagat chez Jérôme, séjour assez court et davantage destiné à un changement d'air profitable qu'à un travail forcené.

J'allais en Bretagne pour me reposer, parfaire ma convalescence et réaliser de ci de là une aquarelle ou un dessin. Au rythme d'une ou d'un par jour je ne me suis pas trop fatigué.

Par contre j'ai regardé... et regardé un ciel constamment bleu, sauf une matinée, tout comme en 1954 lorsque je découvrais cette partie du Finistère sud, ainsi que je le rappelle dans le "Gris Bretons".

De toute façon, que le ciel soit bleu ou gris, cela ne change pas le fait que Le Guilvinec et Lesconil ont changé et davantage d'ailleurs que Saint-Guénolé.

Cette constatation n'est certes pas nouvelle mais les changements s'affirment au fil des années. Aujourd'hui, le port du Guilvinec, plus important et plus profond qu'avant, est envahi par un très grand nombre de chalutiers aux équipements de plus en plus modernes. Serrés, tassés les uns contre les autres et contre les quais, ils deviennent moins intéressants et surtout moins faciles à dessiner ou à peindre, à moins de réussir à en isoler quelques-uns.

A Lesconil, la nouvelle jetée permet aux chaluts d'accoster jusqu'au fond du port, là où, autrefois, l'on marchait à pied sec à marée basse.

Cette fois-ci je suis plutôt resté du côté de Léchiagat, où se trouve d'ailleurs un important chantier de réparation. Les chalutiers, montés sur le quai par un énorme engin se livrent dans leur totalité et certains sont impressionnants par leur hauteur et leur volume, ce dont évidemment l'on se rend moins bien compte lorsqu'ils sont à l'eau.

 

 

Après les indispensables entretiens et réparations, c'est là où les "artistes" bretons peignent de toutes couleurs les coques des bateaux.

Mais tandis que les estivants et les visiteurs s'agglutinent dans le port lors des retours de pêche journaliers, il est préférable d'aller au delà des jetées pour voir déferler depuis l'horizon l'armada des chaluts rentrant au port en fin d'après-midi.

Ils se suivent, se côtoient, se dépassent, d'autant plus chahutés et les coques ourlées d'écume blanche que la mer est plus forte. Une multitude de mouettes les accompagnent.

Comme il en sort chaque jour une bonne centaine, ces retours, qui s'échelonnent sur un temps relativement court, sont de toute beauté.

J'en ai tenté une aquarelle et je l'ai laissée à Jérôme.

A la sortie de Saint-Guénolé, en se dirigeant vers Pors Carn, si on longe la côte par un chemin desservant de belles et rudes maisons surplombant la mer, c'est également très beau.

Par contre, après la plage de Pors Carn, il faut dorénavant ignorer la pointe de la Torche qu'un "conservateur" imbécile a transformé en une sorte de crâne chauve et teigneux, avec piquets et allées pour les visiteurs... à discipliner ou... à parquer.

Passant alors au travers de la lande, l'on rejoint la chapelle de Tronoën. A défaut de visiter celle-ci, souvent fermée, on peut en regarder tout à son aise l'extérieur et le pardon en pierre en dégustant le cidre breton du café proche.