FEUGEREUX   Des salons de peinture  

Jean (1923-1992) peintre-graveur

 

L'ECRIVAIN

 

 
Dans les années 50, nous étions encore quelques-uns à penser qu’il fallait œuvrer pour les autres, en particulier dans les comités de salons, en y consacrant pas mal de temps, mais sans rechercher un profit personnel.

C’est ainsi que, dès 1950, j’étais nommé président du Salon des Beaux-Arts de Boulogne-Billancourt, où je résidais alors ; en 1954, je devins membre fondateur, puis membre du comité du Salon Comparaisons jusqu’en 1967… ce qui m’a valu – sauf une fois – de n’être plus jamais invité à ce salon ; en 1957, membre du comité du Salon des Indépendants (jusqu’en 1968) ; du Salon Terres Latines de 1956 à 1970 ; en 1975, président de l’association Fra Angelico (aide médico-sociale aux artistes). Et j’y suis toujours ! En 1989, président de l’ADAGP (droits d’auteurs, droits de suite). J’y suis encore.

Au cours de ces années « glorieuses », j’ai beaucoup demandé pour les autres et obtenu souvent, surtout au travers de Fra Angelico.

Jamais pour moi… et on ne m’a jamais rien donné ou offert.

 

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© ADAGP  © JFE

 

Directeur de l’Ecole ABC pendant plus de trente ans, j’ai eu l’occasion de dépanner maints artistes en leur offrant un poste de professeur, surtout lorsqu’ils étaient en difficultés matérielles. Il est arrivé que certains d’entre eux cessent leur collaboration sans même me prévenir personnellement. Je considérais qu’ils n’avaient plus besoin de moi et que c’était tant mieux pour eux.

Au milieu de ces activités diverses il eût fallu faire des courbettes, flagorner, se mettre en avant, pour en tirer avantage. J’ai toujours considéré que c’eût été m’abaisser et je ne l’ai jamais fait.

Professionnellement cela ne m’a évidemment pas réussi et je suis toujours resté en dehors des prix et des récompenses parce qu’il aurait fallu les solliciter.

Grâce à cela je suis resté parfaitement indépendant et je ne dois de merci à quiconque.

J’ai par contre – et j’ai eu car certains ne sont plus – des amitiés fidèles et elles sont ma récompense :

Nakache, Fontanarosa, Yves Brayer, Paul Charlot, Paul Braig, André Beloni, Paul Girol, Daniel Du Janerand… Paul Collomb, Hambourg, Zendel, Jeanne Socquet, Yann, Claude Schurr…

J’ai eu la chance de connaître de nombreux artistes, parmi les plus grands… qui étaient d’ailleurs les plus modestes… et dont certains m’ont beaucoup appris : Villon, Dunoyer de Segonzac, Dignimont, Utrillo, Quizet, Heuzé, Paul Deltombe, Peynet, Jean Effel, bien sûr Renefer… et bien d’autres.

Il y a plus de richesse dans de telles rencontres et relations que… sur mon compte en banque.

Mais j’ai de tous, ou presque, une œuvre en souvenir. Et pour moi, chacune est une joie.

Une seule suffit à faire vivre et revivre chaque artiste, chaque ami. Et c’est d’ailleurs grâce à son œuvre qu’un artiste ne meurt pas.

 

Ce texte est extrait du dernier carnet écrit et illustré par Jean Feugereux.

Commencé en juin 1991, un mois avant son opération d'ablation de la vessie dont le cancer devait l'enlever quelques mois plus tard, il fut l'occasion de faire le point... et de régler quelques comptes avec la vie, le métier et même les politiques.

Ce carnet est en fait un tome relié, type club, de couleur rouge, et non imprimé, des œuvres complètes de Victor Hugo.

Un autre extrait, de l'art de peindre en plein air ou en atelier, de ce carnet est cité dans la page

De l'art de peindre