FEUGEREUX   Jean et la plaine de Beauce  

Jean (1923-1992) peintre-graveur

 

 

Beauce

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Ce texte de Joseph Hudault (Formation de Jean Turoit, Librairie Perrin, Paris, 1912), publié quelques années avant la naissance de Jean Feugereux, ne semble-t-il pas lui correspondre parfaitement ?

  Joseph Hudault, l’auteur de ce roman, était né à Paris en 1881. D’origine beauceronne et d’esprit religieux et élevé, il reprit, après des études de droit, une exploitation industrielle et agricole, créée à Voves par son père. Il tomba glorieusement à la tête de sa section aux Eparges en 1915. Maurice Barrès qualifiait ainsi ses romans (le deuxième a pour titre : Le Pavillon aux livres) : « qu’ils se placent tout naturellement comme Dominique (d’Eugène Fromentin), comme le Disciple (de Paul Bourget), dans la série des livres romanesques désireux de nous guérir du romanesque. »

Ces renseignements et l’extrait du livre ci-dessous proviennent de l’Anthologie des écrivains morts à la Guerre 1914-1918, tome premier, pages 361-367 (Bibliothèque du Hérisson) Malfère, Amiens, 1924.

 

 

 

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« La plaine se révélait peu à peu plus belle aux yeux de Jean, comme si elle eût retenu ses charmes pour les seuls initiés. Il fallait longuement la contempler et vraiment la mériter pour qu’elle se dévoilât. Jean se laissait prendre peu à peu par la magie de ses grands horizons. Les éclairages en variaient l’aspect à l’infini. Tout à coup, du fond de la plaine, un nuage accourait et traversait le ciel, jetant l’ombre dans la lumière. En se rapprochant, il obscurcissait les premiers plans, tandis qu’un village lointain, un arbre, une meule sortait de l’ombre, et se découpait tout dorés sur l’horizon.

  « Lorsque Jean, par miracle, était libre, il s’en allait s’étendre dans les herbes folles qui garnissent les talus de la route de Chartres à Orléans. Il contemplait tous les détails qui se détachaient sur le ciel, en plein relief : un moulin à vent, un arbre isolé, un clocher d’ardoise et, au sommet d’une de ces vastes ondulations qui, pendant les manœuvres, dissimulent un corps d’armée, l’attelage fumant de deux chevaux de labour, émergeant du sol comme le char de Neptune au-dessus des eaux.

[…] « Le printemps était venu, et la plaine s’était revêtue d’un immense tapis vert. Les perdreaux s’envolaient par deux. Sur le bord de la route au milieu des herbes, constamment secouées par le vent de France, la monnaie du berger et des boutons d’or commençaient à fleurir. Un émouchet décrivait dans l’air de grands cercles.

[…] « La cathédrale était le pivot, le centre de ce paysage, où il n’y avait que le ciel et la terre, la terre et le ciel. Le gai soleil de mai lui donnait un air de fête dans ses fines dentelles, et le vent du nord apportait le carillon de ses bourdons, sur les vagues des seigles déjà hauts. Les cloches de Neuvry leur répondaient de leur voie menue, et leurs sons, confondus, s’en allaient se perdre, impondérables, au-dessus de la plaine sans obstacles, avec le bruissement des abeilles butinant dans les champs de sainfoins en fleur.

  « Car, en Beauce, presque tous les jours, le vent souffle, non pas le vent domestique, coupé par les boqueteaux et les collines mais le grand vent du large, généreux, sauvage comme la bise marine. »