FEUGEREUX  

de l'art de peindre

 

Jean (1923-1992) peintre-graveur

 

L'ARTISTE

le peintre

l'aquarelliste

le graveur

thèmes

 

 

en plein air ou en atelier

Dés qu’il y a problème en peinture comme en gravure c’est par le dessin que l’on tente de le résoudre, tant sur le plan de la composition que des valeurs. Et si l’on bute sur tel détail : un premier plan d’herbes ou de moisson, un arbre ou autre, il est toujours préférable de retourner sur nature avec son carnet de croquis pour se le remettre dans l’œil et dans la main.

C’est pourquoi, même si depuis tant d’années je suis sensé connaître mes sujets beaucerons, je ne démarre jamais une nouvelle toile (en atelier) sans me rendre sur place, prendre au moins un petit croquis.

C’est le meilleur moyen pour se remettre dans l’ambiance et pour retrouver, dans sa tête, l’image fraîche du sujet. S’il y a un village, c’est le caractère particulier de celui-ci qu’il faut s’appliquer à retrouver.

Les croquis rapides sont suffisants, non les couleurs. Je sais déjà ce que je souhaite obtenir au travers d’elles et elles sont d’ailleurs réparties sur ma palette, soit en dominante jaune, orangé, rouge, violet, soit avec apport de bleus et de verts… selon ce que j’ai envie de dire et selon mon humeur.

 

 

 ACCUEIL  

 L'HOMME   L'ECRIVAIN   SOMMAIRE

  ACTUALITES

CONTACTS

 

lettre d'information

vos avis sur le site

ventes publiques

 

© ADAGP  © JFE

 

Si je veux un sujet de moisson en fin d’après-midi sous une chaleur écrasante, ce n’est évidemment pas pareil, dans ma tête et sur la palette, que si je préfère un matin frais de printemps.

S’il y a une lacune, un manque, ce n’est généralement que par tel élément de dessin ou de composition. Et la nature est là, toujours proche, pour venir à mon secours.

Car en ce domaine, quoi que l’on fasse, on n’a jamais tout en mémoire. Et même si l’on a accumulé des milliers de notes et de croquis, ce n’est jamais suffisant.

Réaliser une toile en atelier ce n’est pas pareil que de planter son chevalet devant le sujet à peindre. N’ayant pas sous les yeux la nature pour guide, il faut tout puiser en soi pour recréer « l’effet » voulu.

L’une et l’autre manières de travailler ne sont toutefois pas aisées et je le sais pour avoir utilisé l’autre après l’une.

Sur nature, on est tributaire du temps qu’il fait, du soleil, des nuages qui passent, ou de la pluie qui vient vous surprendre, du vent, des moucherons ou des brins de paille qui viennent se coller sur la matière fraîche de l’huile.

En Beauce, avec le vent souvent violent, il n’est pas évident de faire tenir en place et la boite de chevalet et la toile… surtout si on est parti avec un 40 ou 50 !

De plus, il y a la nature avec son trop plein de richesses, ses nuances, ses détails, ses changements d’un instant à l’autre. Il faut choisir, sélectionner, simplifier. Il faut travailler vite car l’on n’est pas assuré de retrouver le même effet le lendemain ou plus tard.

Donc là aussi il faut de la mémoire. On note ce qui est essentiel, on couvre la toile, quitte à la retravailler tranquillement chez soi, si l’on ne souhaite pas, ou si l’on ne peut pas, retourner sur place.

A l’atelier on a tout son temps. Mais on ne peut démarrer une huile, quel qu’en soit le format, qu’à la condition de savoir exactement au départ ce que l’on veut. Non pas pour noter tout de suite sur la toile l’effet que l’on a en tête mais pour y préparer le terrain par des « dessous » appropriés.

Il convient alors de démarrer brutalement, en force, à larges touches, sans s’occuper des détails et de l’exactitude des formes, mais en donnant aux foncés plus d’importance qu’il n’est nécessaire. C’est ensuite, au fil des séances, que l’on précisera le « dessin ». Et c’est en peignant que l’on donnera les formes exactes, en revenant avec des clairs ou des valeurs moyennes par-dessus les foncés.

Rien de précis au départ. Il faut des dessous solides et brutaux, mais sans jamais perdre de vue ce que l’on veut dans la finalité de la toile. Et celle-ci vient lentement, de séances en séances successives, jusqu’à ce que l’on retrouve – enfin – ce que l’on a voulu… du moins souhaité.

 

Ce texte est extrait du dernier carnet écrit et illustré par Jean Feugereux.

Commencé en juin 1990, un mois avant son opération d'ablation de la vessie dont le cancer devait l'enlever un an et demi plus tard, il fut l'occasion de faire le point... et de régler quelques comptes avec la vie, le métier et même les politiques.

Ce carnet est en fait un tome relié, type club, de couleur rouge, et non imprimé, des œuvres complètes de Victor Hugo.

Un autre extrait, des salons de peinture, de ce carnet est cité dans la page

Des salons de peinture

photographies :

en haut, dans son atelier parisien, rue de Seine, vers 1960 (photo N. Mandel).

en bas, sur une plage de galets en Bretagne quelques années plus tard.