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Si je veux un
sujet de moisson en fin d’après-midi sous une chaleur écrasante, ce
n’est évidemment pas pareil, dans ma tête et sur la palette, que si
je préfère un matin frais de printemps.
S’il y a
une lacune, un manque, ce n’est généralement que par tel élément
de dessin ou de composition. Et la nature est là, toujours proche, pour
venir à mon secours.
Car en ce
domaine, quoi que l’on fasse, on n’a jamais tout en mémoire. Et même
si l’on a accumulé des milliers de notes et de croquis, ce n’est
jamais suffisant.
Réaliser une
toile en atelier ce n’est pas pareil que de planter son chevalet
devant le sujet à peindre. N’ayant pas sous les yeux la nature pour
guide, il faut tout puiser en soi pour recréer « l’effet »
voulu.
L’une et
l’autre manières de travailler ne sont toutefois pas aisées et je le
sais pour avoir utilisé l’autre après l’une.
Sur nature,
on est tributaire du temps qu’il fait, du soleil, des nuages qui
passent, ou de la pluie qui vient vous surprendre, du vent, des
moucherons ou des brins de paille qui viennent se coller sur la matière
fraîche de l’huile.
En Beauce,
avec le vent souvent violent, il n’est pas évident de faire tenir en
place et la boite de chevalet et la toile… surtout si on est parti
avec un 40 ou 50 !
De plus, il y
a la nature avec son trop plein de richesses, ses nuances, ses détails,
ses changements d’un instant à l’autre. Il faut choisir, sélectionner,
simplifier. Il faut travailler vite car l’on n’est pas assuré de
retrouver le même effet le lendemain ou plus tard.
Donc là aussi
il faut de la mémoire. On note ce qui est essentiel, on couvre la toile,
quitte à la retravailler tranquillement chez soi, si l’on ne souhaite
pas, ou si l’on ne peut pas, retourner sur place.
A l’atelier
on a tout son temps. Mais on ne peut démarrer une huile, quel qu’en
soit le format, qu’à la condition de savoir exactement au départ ce
que l’on veut. Non pas pour noter tout de suite sur la toile l’effet
que l’on a en tête mais pour y préparer le terrain par des « dessous »
appropriés.
Il convient
alors de démarrer brutalement, en force, à larges touches, sans
s’occuper des détails et de l’exactitude des formes, mais en
donnant aux foncés plus d’importance qu’il n’est nécessaire.
C’est ensuite, au fil des séances, que l’on précisera le « dessin ».
Et c’est en peignant que l’on donnera les formes exactes, en
revenant avec des clairs ou des valeurs moyennes par-dessus les foncés.
Rien de précis
au départ. Il faut des dessous solides et brutaux, mais sans jamais
perdre de vue ce que l’on veut dans la finalité de la toile. Et
celle-ci vient lentement, de séances en séances successives, jusqu’à
ce que l’on retrouve – enfin – ce que l’on a voulu… du moins
souhaité. |