|
Les manuels
sont nombreux à offrir toutes les recettes de cette difficile et
merveilleuse technique, à croire que l’on peut la dominer.
Je suis
d’un avis contraire : on ne la domine jamais !
Tout le
plaisir est là, parce que c’est chaque fois une aventure, chaque fois
une découverte, et que cette incertitude est une excitation constante.
A vingt ans
je faisais une aquarelle ; j’avais tout dit de ce dont j’étais
alors capable et ― erreur de ma part ― je ne me posais pas
de problèmes.
Quarante-cinq
ans plus tard, après avoir fait des milliers d’aquarelles, je me dis
que je ne sais rien encore et que l’aquarelle me surprendra toujours.
Pour cette
raison il me paraît prétentieux de vouloir parler de l’aquarelle.
Sauf pour dire qu’il n’y a pas de recettes miracles… ce qui
mettrait un point final à mon discours !
Je parlerai
donc plutôt de recherches continuelles, de tâtonnements, de réussites
parfois, d’échecs souvent. Je parlerai, non pas d’expérience, mais
de patience constante, assidue, passionnée. Je parlerai de la couleur,
du papier, du temps qu’il fait, de l’humidité dans l’air sous des
soleils de plomb… et même de la nécessité de fumer des Gitanes les
jours de pluie pour activer le séchage.
Je parlerai
aussi de cette force intérieure qui pousse l’aquarelliste à décider
d’une nouvelle étude lorsqu’il croit avoir réuni en lui tous les
éléments susceptibles de lui faire croire à une possible réussite.
Si vous
attendez des secrets, des trucs, des recettes d’atelier, ce livre
n’est pas pour vous !
J’ai
seulement envie de m’adresser à des passionnés, à des amoureux, qui
n’ont d’autre prétention que d’essayer d’être aujourd’hui un
peu meilleur qu’hier, en sachant qu’il faudra qu’il en soit ainsi
toute leur vie d’Artiste.
Celui qui
n’a pas compris cela n’a rien compris et fera partie de cette
cohorte de peintraillons exposant sans complexe leurs « œuvres »
sur tous les murs en se donnant le titre d’Artiste.
Cézanne,
lui, se considérait comme un amateur, parce que « amateur »
cela veut dire « aimer » ! |